

Bien que la météo exceptionnelle invitât plutôt à lézarder au soleil, le théâtre était plein pour la représentation de cette oeuvre de Ravel, fruit de sa collaboration avec Colette. Cette fantaisie lyrique met en scène un enfant rageur qui passe sa colère sur les objets qui l'entourent et martyrise ses animaux. Dans l'obscurité de sa chambre chahutée s'endort-il ? Sombre-t-il dans une rêverie étrange et inquiétante ? Objets, plantes et animaux s'animent et se révoltent, lui faisant grief de son comportement cruel et l'agressant à leur tour. Les costumes sont splendides et les décors surréalistes évoquent l'univers magique des rêves ou des cauchemars. Le compositeur Didier Puntos propose une version intimiste de cet opéra. Sa transcription musicale est un dosage subtil qui accompagne à merveille la mise en scène de Patrice Caulier et Moshe Leiser. Peu d'instruments mais une richesse de timbres qui restitue l'atmosphère onirique de Ravel à travers le souffle des flûtes, la profondeur et l'étrangeté du violoncelle et le piano, ici joué à quatre mains, orchestre miniature à lui seul. Huit chanteurs solistes complètent cette interprétation que l'on peut comparer à un opéra de chambre. La mise en scène de cette féerie, toute de finesse et de charme s'accorde également à la poésie et l'humour du texte de Colette. L'écrivain s'amuse, jouant parfois malicieusement sur les articulations ou la mélodie des mots. Insensiblement, l'atmosphère tourne au cauchemar nous renvoyant à nos peurs d'enfants.
L'histoire prend des allures de conte initiatique à la Perrault. L'enfant pansera les blessures d'un petit écureuil, sera reconnu capable de compassion et aidé par les animaux qui voulaient l'attaquer. Un tonnerre d'applaudissement a salué ce splendide spectacle au goût de merveilleux. N. O.
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