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PHOTO GUY DROLLET En avril, Joseph Macquet se serait bien vu bloquer le port avec les anciens. « On a demandé à aller avec eux mais l'école n'a pas voulu », peste l'ado de 16 ans, en BEP (brevet d'enseignement professionnel) pêche au lycée professionnel maritime du Portel, près de Boulogne-sur-Mer. Le seul de la région à former aux métiers de la pêche (il y a douze établissements de ce type en France).
Issu d'une longue lignée de marins pêcheurs, Vincent Margolé, également en formation au Portel, ne s'est jamais imaginé « faire autre chose » que reprendre le flambeau. Il se montre lui aussi solidaire des aînés. « Ils font ça pour notre avenir. C'est inquiétant ce qui se passe. Avec les quotas de cabillaud, on doit rejeter le poisson à la mer. Ça équivaut à balancer des salaires. » Mobilisés depuis début avril, les marins pêcheurs ne décolèrent pas. Hier, ils ont à nouveau bloqué le port pendant quelques heures. La relève, elle, est solidaire. Logique. Les acteurs du mouvement ne sont autres que les pères, oncles ou grands-pères. « C'étaient les vacances (de Printemps) pendant le blocage, voilà pourquoi les jeunes ne sont pas associés aux manifestations », précise le proviseur, Éric Varin.
Son truc, à Joseph Macquet, c'est la drague à soles (pêche côtière au chalut muni de barres à dents, répandue dans la baie de Somme). « Le métier de mes parents », maugrée-t-il, visiblement inquiet. « Ça s'arrête bientôt (les permis drague à dents vont disparaître) car les écolos disent que ça détruit le fond. Or ça le nettoie ! Bon, il restera la sole carrée, la morue mais on n'a plus le droit d'en pêcher, à cause des quotas. Faudra se diriger vers un autre métier. La crevette, peut-être », conclut-il, fataliste.
Si le proviseur ne conteste pas les difficultés de la profession, il regrette que l'image du métier soit régulièrement ternie par les mouvements sociaux. « J'ai rarement entendu les acteurs du métier dire ce qui va bien. Les marins ne pêchent pourtant pas que le poisson soumis à quotas ! C'est dommage, fulmine-t-il. Or, il y a des avantages à être marin pêcheur : la retraite à 55 ans, les déductions fiscales, la possibilité de travailler sur le littoral proche. Surtout, il y a de l'emploi. Il y a une pénurie dans tous les domaines, mais on manque surtout de mécaniciens et de patrons de pêche... » Qu'est-ce qui pousse ces jeunes à embrasser une profession rude et socialement troublée ? Une histoire de famille, souvent. « Mais on a de moins en moins d'enfants de marins », nuance Éric Varin. « Pour moi, ce métier, c'est l'aventure ! », avoue Vincent Margolé, qui se verrait bien, une fois le diplôme en poche , « partir naviguer dix-huit mois, le temps de valider le BEP, puis faire un module pour être mécanicien et, un jour, devenir patron ». Éric Varin l'encourage : « Sais-tu désormais qu'un salaire minimum garanti de 1 230 euros net par mois existe pour les jeunes qui débutent ? » Dans la même promo, Rémi Malfox veut « bétonner » l'avenir. « Après, j'aimerais faire un bac pro pêche. On ne sait jamais. Au moins, c'est bien coté . » Confronté à un manque de main-d'oeuvre, le métier de marin pêcheur a encore de beaux jours devant lui. « S'il y a une bonne gestion de la pêche et que l'on mise sur la qualité, oui », dit le proviseur. Pour Sylvain Louis, professeur et ancien pêcheur, « il y a de l'argent à gagner. Prenez ce jeune sorti d'ici avec un CAP et qui a acheté un bateau l'an dernier.
Aujourd'hui, il fait bosser trois personnes. » Olivier Specque, coordonnateur de la formation continue au lycée, a une formule toute prête pour les oiseaux de mauvais augure : « L'avenir est assuré. Vous, vous préférez manger du poisson issu de l'aquaculture ou du poisson sauvage ? » •