Christina bouquine sur le pont de son voilier de 14 m. Elle n'a plus que ça à faire, en attendant de pouvoir mettre les voiles vers Dieppe.
Arrivés mercredi pour une escale d'une nuit à Boulogne, Christina et Robert, son mari, s'interrogent : « Pourquoi ne laissent-ils pas partir les bateaux à voile ? » D'autant plus que ce couple de Hollandais est très sensible aux problèmes des pêcheurs. Ils habitent à Tessel, une île frisonne où l'on connaît bien les histoires de quotas européens.
Un peu plus loin sur les pontons, voici Marek et Ahti, deux skippers estoniens arrivés eux aussi la veille. Ils naviguent sur le Bossanova , un bateau qui a gagné en septembre une course entre les Baléares et les Caraïbes et qu'ils convoient vers la Hollande. « Nous avons parcouru une bonne partie de l'Atlantique sans problèmes et nous voilà coincés ici », soupire Marek.
À quelques places de là, Édouard se désespère. Ce Dunkerquois est venu participer à une régate en solitaire. Elle a été annulée. Le voilà condamné à rester seul à bord mais à quai. Soudain, sa VHF crépite. La capitainerie annonce à un plaisancier anglais qui veut entrer dans le port que celui-ci est bloqué. Le Britannique en perd son anglais et s'exclame en français « Mais c'est pas possible ! », avant de mettre le cap sur une autre destination.
À quelques encablures, Marc, un autre Dunkerquois, s'inquiète. « Samedi, il y a la régate de la Côte d'Opale à partir de Boulogne. Plusieurs voiliers vont arriver dès demain (ndlr : aujourd'hui) pour prendre le départ de cette course. »
Régatiers et étrangers gardent donc bien serré une arête (de cabillaud !) coincée au travers de la gorge. Car ils n'y sont pour rien dans cette histoire. Ce sont les plaisanciers motorisés qui sont dans le collimateur des trémailleurs. Ils refusent cependant d'être les boucs émissaires et affirment respecter l'arrêté qui limite à dix cabillauds par bateau et par sortie de pêche. « Nos adhérents font l'objet de contrôles de plus en plus fréquents par les Affaires maritimes, la douane et la gendarmerie maritime à propos des équipements de sécurité mais aussi du respect de la réglementation de la pêche », souligne Richard Renaux, président du Boulogne Espadon Club, qui regroupe 140 personnes. Il fait remarquer qu'« à ce jour, aucun adhérent n'a été verbalisé pour pêche illégale ». C'est d'ailleurs un motif de radiation de l'association.
FRÉDÉRIC VAILLANT